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Fiche extraite du livre J'élève mes enfants avec bienveillance, même quand c'est difficile

Dernière mise à jour : 11 déc. 2020


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Les anciennes méthodes


1 Vous n’êtes pas seul(e)

Recrutons

Femme ou Homme, pour emploi 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. Pas de vacances, statut social modeste, critiques nombreuses, faible reconnaissance. Flexibilité exigée. Qualités de gestionnaire nécessaires. Compétences intellectuelles, manuelles et relationnelles indispensables. Énergie inépuisable requise. Aptitude à avoir de bonnes idées essentielle. Engagement à vie, réclamations interdites. Démission impossible. Aucun diplôme requis, aucune formation préalable fournie, aucun salaire.

Voici une description qui montre bien les exigences du métier de parent de nos jours. Élever des enfants a toujours été difficile, mais beaucoup de professionnels et de parents s’accordent à dire qu’au cours de ces dernières décennies, c’est devenu de plus en plus compliqué. Les parents sont aujourd’hui tenus de remplir, souvent sans le soutien de leurs propres familles, un trop grand nombre de rôles. Lorsque les deux parents travaillent de longues heures, de plus en plus longues d’ailleurs, les tâches quotidiennes qui étaient autrefois accomplies sans se presser et constituaient des sources de satisfaction, telles que cuisiner, manger, faire le ménage, sont à présent et de plus en plus vécues dans la précipitation et le stress. […]

Nous parlons souvent de la discipline comme de quelque chose que les parents utilisent après que l’enfant s’est mal comporté. Mais en réalité, la vraie discipline efficace, c’est bien plus que cela. Dans son sens le plus complet, la discipline signifie l’enseignement aux enfants d’habitudes, de compétences et de valeurs, dont nous pensons qu’elles sont justes, et que nous voulons les aider à acquérir. C’est ce que nous devons apprendre aux enfants, et ce à quoi nous devons les entraîner :

  • lorsque tout va bien, avant qu’un comportement incorrect ne se produise ;

  • lorsque nous remarquons que les choses commencent à se détériorer.

L’outil éducatif le plus puissant que j’ai découvert est le Compliment Descriptif. Il est efficace à trois niveaux en ce qui concerne les comportements inappropriés : pour les prévenir, pour intervenir au plus tôt, pour gérer un moment de crise. La deuxième partie de ce livre explique en détail cette nouvelle approche, et répond aux questions que se posent fréquemment les parents. Lorsque les parents commencent à utiliser cette approche proactive6, ils se rendent très rapidement compte qu’ils ne sont plus aussi stressés, et presque plus tentés de critiquer, de répéter, de rappeler, de menacer, de faire du chantage, de hurler... ou de frapper.

2 Arguments en faveur des punitions corporelles

Les avantages perçus

  • Un enfant peut facilement ignorer ou ne pas prêter attention à un parent qui explique, le raisonne ou répète, mais une gifle le dissuade immédiatement de faire la sourde oreille. C’est particulièrement vrai lorsque l’enfant est épuisé, surexcité ou en colère.

  • En cas de danger immédiat, on n’a pas le temps d’expliquer quoi que ce soit.

  • Un jeune enfant ne comprend pas bien les explications, mais il comprend très bien comment éviter la douleur.

  • Lorsque les enfants comprennent mais rejettent les explications du parent, une punition corporelle a un effet qu’il leur est difficile de rejeter, à savoir la douleur.

  • Une punition corporelle montre instantanément à l’enfant que le parent est tout à fait sérieux et qu’il est réellement fâché par le comportement de l’enfant.

  • Une gifle ou une fessée est plus rapide et immédiate qu’aucune autre forme de punition ; c’est pourquoi elle est plus susceptible d’être infligée avant que l’attention du parent n’ait été détournée.

  • Une gifle ou une fessée rapide qui fait immédiatement cesser le comportement incorrect est de loin préférable à un interminable processus d’argumentation, de plaidoiries, de répétitions et de négociations, qui place l’enfant en position de force et lui permet de continuer à mal se comporter plus longtemps.

  • Les parents d’aujourd’hui recourent moins aux gifles et aux fessées, et leurs enfants se comportent de plus en plus mal. À l’école aussi, depuis que les enseignants n’ont plus le droit d’utiliser les châtiments corporels, le comportement des élèves s’est dégradé.

Le chapitre suivant, ainsi que tout le reste du livre, montreront que ces avantages sont en réalité illusoires.


Les justifications aux gifles et aux fessées

  • À un moment ou à un autre, la plupart des parents ont giflé ou fessé leurs enfants, même ceux qui y sont opposés en principe.

  • Dans la majorité des familles, les gifles ou les fessées sont rares. Tout bien considéré, l’enfant garde surtout des souvenirs agréables et heureux. Ce qui est une autre façon de dire que les enfants ne s’en portent pas plus mal.

  • La plupart des gifles et fessées sont données lorsque les enfants sont des bambins d’âge préscolaire. En grandissant, ils ne s’en souviennent même plus.

  • Les documents historiques nous indiquent que les parents ont recouru à des punitions corporelles depuis la nuit des temps. Il est notamment écrit dans la Bible : « Qui aime bien châtie bien. » Certaines organisations religieuses soutiennent toujours que c’est l’unique façon d’inculquer des valeurs morales aux enfants.

  • Chaque culture dans le monde a développé sa propre façon d’éduquer les enfants. Qui sommes-nous pour décider qu’une de ces façons est préférable à une autre ? (Cette position est qualifiée de « relativisme culturel ».)

  • Les enfants sont naturellement exaspérants. Aucun parent ne peut se contrôler parfaitement en permanence. Gifler ou fesser spontanément un enfant désobéissant est une réaction naturelle.

  • Certains enfants poussent leurs parents à bout, par exemple ceux qui sont agités, bruyants et impulsifs.

  • Il y a aussi des parents qui sont simplement d’un tempérament trop colérique pour être capables de se contrôler, malgré tous leurs efforts.

  • Au cours du dernier siècle, dans l’opinion publique, le balancier a oscillé entre une éducation parentale stricte, et une éducation beaucoup plus permissive, avant de revenir récemment vers l’éducation plus stricte. Qui peut dire quelle est la bonne et quelle est la mauvaise ?

  • Incontestablement, la maltraitance des enfants est un fléau. Mais une gifle ou une fessée occasionnelle de la part d’un parent aimant n’a rien à voir avec la maltraitance. La plupart des parents ne donnent une gifle ou une fessée que dans un certain cadre et en restant dans des limites acceptables.

Bien qu’il n’y ait pas de consensus universel sur ces limites, voici les règles les plus communément citées :

  • Fessées ou gifles ne sont données qu’en dernier ressort, seulement lorsque les méthodes plus douces se sont avérées inefficaces. De cette façon, elles sont peu fréquentes.

  • Elles ne doivent pas laisser de marque.

  • Elles ne doivent pas être données sous le coup de la colère ou de la frustration, mais dans le but de marquer une limite importante (par exemple : « Ne traverse pas la route sans adulte », « Ne joue pas avec les couteaux », « Ne tape pas le bébé »).

  • Seul un adulte que l’enfant aime et en lequel il a confiance peut donner une gifle ou une fessée.

  • Les gifles ou fessées doivent être réservées aux cas de comportements de défi répétés ou de mises en danger.

  • Les gifles ou fessées sont données en privé. En public, elles constitueraient aussi une humiliation pour l’enfant.

  • Les parents ne devraient jamais utiliser d’objet. Certains parents considèrent cependant que l’emploi d’un objet mou (tel qu’un chausson) est acceptable, mais pas l’usage d’une ceinture ou d’un bâton.

  • Les gifles ou fessées ne peuvent être données qu’avec la main ouverte, jamais avec le poing.

  • Les parents ne devraient jamais frapper l’enfant au visage, cela peut être très douloureux et c’est particulièrement humiliant.

  • Une fessée ne devrait guère aller au-delà d’une petite tape ; elle ne devrait pas vraiment faire mal.

Selon moi, ce qu’on peut dire de plus utile pour justifier une gifle ou une fessée, c’est qu’il est parfaitement compréhensible qu’un parent excédé puisse se trouver amené à y recourir. C’est pourquoi ceux d’entre nous qui sont opposés au fait de frapper les enfants doivent aider les parents vulnérables à se sentir moins stressés et à mettre en pratique des méthodes efficaces pour favoriser ou obtenir la coopération de leurs enfants.

3 Arguments contre les punitions corporelles

Dans ce chapitre, j’ai rassemblé les raisons que beaucoup de gens opposés aux punitions corporelles avancent pour expliquer leur position. Il ne s’agit pas de prendre une posture moralisante, mais de montrer en quoi les gifles et les fessées sont inefficaces et contreproductives.

  • Un enfant qui reçoit des gifles ou des fessées perd confiance en son parent, et peut même finir par le craindre. C’est le cas même lorsque les coups sont peu fréquents.

  • Les enfants imitent leurs parents. Lorsqu’on les frappe, on leur montre par l’exemple qu’il est acceptable de résoudre ses problèmes et de parvenir à ses fins en recourant à la force, à la violence ou à l’intimidation. C’est la loi du plus fort. L’enfant qui s’identifierait de la sorte au pouvoir de ses parents est susceptible de se transformer en un petit caïd.

  • Frapper un adulte est un délit pénal. Nous sommes tous d’accord pour dire que ce n’est pas acceptable et que c’est mal. Les enfants sont plus vulnérables que les adultes, et à ce titre ils ont davantage besoin de protection.

  • Si les coups ne sont pas fréquents, comme c’est habituellement le cas, alors par définition c’est une sanction inconstante. Lorsqu’ils sont régulièrement confrontés à des punitions qui varient inexplicablement, les enfants réagissent en « testant » continuellement les adultes.

  • Certains enfants reçoivent des gifles ou des fessées de façon répétée pour les mêmes comportements fautifs. À l’évidence, ces punitions ne montrent donc aucune efficacité pour supprimer ces comportements. Ces enfants n’ont pas la volonté ou la capacité de modifier leur comportement, malgré les punitions.

  • Les enfants se souviennent souvent de la gifle ou de la fessée, mais pas du comportement qui l’a déclenchée. C’est comme si le choc physique causé à l’organisme avait effacé ce souvenir de leur cerveau (tout comme les victimes d’un accident souffrent d’amnésie concernant les instants qui le précédent immédiatement).

  • Les punitions renforcent la pensée immature, peu nuancée, « du tac au tac », des enfants. Une fois que l’enfant a « pris » sa punition, il peut se sentir quitte de son comportement et libre de recommencer.

  • Nous présumons, ou espérons, qu’une sanction sévère enseigne à l’enfant ce qu’il ne doit pas faire. Mais comme nous l’avons vu, ce n’est souvent pas le cas. Et quand bien même l’enfant aurait appris ce qu’il ne devait pas faire, il n’a rien appris en ce qui concerne :

– la raison pour laquelle son comportement était si agaçant pour ses parents,

– la façon d’éviter à l’avenir de telles situations,

– les moyens de prévoir des alternatives pour éviter d’en arriver à ces situations,

– les techniques pour contrôler ses pulsions,

– la manière de remédier, au sens propre du terme, aux problèmes que son comportement a entrainés.

Si toutes ces questions sont abordées et résolues, les punitions ne sont plus nécessaires, ou peuvent être beaucoup plus modérées tout en restant efficaces.

  • Les garçons sont plus souvent grondés et frappés que les filles. Plus que les filles, en effet, les garçons présentent certains comportements qui ont tendance à déranger et énerver les parents, par exemple :

– parler ou crier fort,

– ne pas répondre à leurs questions,

– réagir trop lentement quand on leur demande de cesser un comportement,

– bouger beaucoup, toucher aux choses, agir sans but ou avec un but destructeur, s’agiter constamment.

Un garçon ne devrait pas être puni pour ces comportements qui relèvent manifestement du simple fait d’être un garçon.

  • Typiquement, un enfant qui se retrouve souvent puni est par nature particulièrement agité, bruyant, immature, lent à obéir et prompt à se mettre en colère. Cet enfant ne sait pas encore comment contrôler ses actes et ses réactions, spécialement s’il a faim, s’il est fatigué, énervé ou absorbé dans une activité. La punition ne lui apprend pas l’importance du contrôle de soi.

  • Avec un enfant relativement « facile », qui ne s’énerve pas rapidement et est davantage capable de contrôler ses impulsions, les fessées ou gifles peuvent sembler efficaces. Cependant, elles ne sont justement pas « nécessaires » avec ce type d’enfant, puisqu’il réagit très bien aux autres approches éducatives... (…)

  • La plupart de temps, un parent qui vient juste de donner une gifle ou une fessée regrette très vite d’avoir perdu le contrôle. La culpabilité s’installe alors, et avec elle le désir de s’excuser ou de se réconcilier avec l’enfant, en particulier si celui-ci pleure ou boude. Bien sûr, il est préférable de s’excuser plutôt que de se justifier en prétendant avoir été obligé de frapper à cause du comportement de l’enfant. Mais des excuses trop souvent répétées perdent leur efficacité. L’enfant finit par penser, voire par dire : « Si tu es si désolé, pourquoi est-ce que tu continues à le faire ? ». L’enfant en vient à ne plus respecter un parent qui semble perdre sa maîtrise de lui-même. Après un tel accès de violence et de colère, la culpabilité du parent, aggravée par le bouleversement évident de l’enfant, le conduit souvent à être, temporairement, trop indulgent, cédant sur des choses sur lesquelles il ou elle reste habituellement ferme, ou offrant des cadeaux pour tenter de restaurer une atmosphère harmonieuse.

Le parent peut aussi volontairement choisir de ne pas réagir à un comportement incorrect, de crainte de perdre à nouveau le contrôle de lui-même. L’alternance entre des réactions dures et colériques d’un côté, et une indulgence excessive de l’autre, finit par donner un style de parentage irrégulier et inconstant, à la fois très déroutant et frustrant pour l’enfant et pour le parent lui-même. La culpabilité du parent inquiète beaucoup l’enfant, parce qu’elle lui donne un pouvoir qu’il est bien trop jeune pour savoir gérer, c’est-à-dire le pouvoir sur les sentiments d’un adulte. Les enfants ont besoin que leurs parents soient solides, stables et responsables. Lorsque les choses sont inversées et que c’est l’enfant qui se retrouve émotionnellement responsable, il devient de plus en plus anxieux, plein de rancœur, et son comportement continue à se détériorer. Lorsqu’un parent perd le contrôle de lui-même, l’enfant peut considérer qu’il est faible, peut-être même puéril, et risque de ne plus le respecter. Un cercle vicieux, alimenté par la colère, se met alors en place. (…)

  • D’après mon expérience professionnelle, la grande majorité des enfants frappés plus d’une ou deux fois par an se révèlent plus tard diagnostiqués comment ayant des difficultés d’apprentissage spécifiques, complexes à percevoir et à identifier, qui affectent :

– leur capacité de concentration,

– leur mémoire auditive,

– leurs facultés d’organisation,

– leurs compétences sociales,

– leur aptitude à attendre patiemment,

– leur parole (au sens de l’articulation et de l’élocution) et leur langage,

– leur motricité fine. (…)

  • Des études ont montré que même dans les familles chaleureuses et aimantes, un enfant reçoit environ neuf critiques pour une seule approbation ou un seul remerciement. Pour approfondir ce point, voir le chapitre 4, « Ce que nous appelons “coups en paroles” ». Le résultat de ce déséquilibre – le fait que les marques d’attention négative l’emportent largement sur les marques d’attention positive –, c’est la mise en place d’un cercle vicieux, qui s’aggrave encore davantage lorsque les cris et les coups s’ajoutent aux remarques désagréables répétées et aux critiques. Le comportement dérangeant de l’enfant conduit le parent à réagir de façon négative, ce qui à son tour conduit l’enfant à se comporter encore plus mal, aggravant du coup les « mauvaises » réactions du parent, et ainsi de suite. Aussi nombreuses que soient les punitions et réprimandes, elles ne parviennent pas à rompre ce cycle.

  • Un enfant qui est souvent grondé ou puni peut finir par penser qu’il est mauvais ou méchant. Il peut ainsi lui sembler tout simplement légitime d’être puni. Au fil des années, son niveau de tolérance envers les punitions augmente. Cela peut donner l’impression à un parent furieux et frustré que l’enfant ne se préoccupe absolument pas des punitions, ni ne s’en trouve contrarié ou attristé. Mais la réalité est que cet enfant a accepté ce mode de vie, en pensant qu’il n’a que ce qu’il mérite. Il croit donc qu’il mérite d’être puni ou grondé, et il peut même se trouver clairement mal à l’aise s’il est complimenté ou récompensé. (…)

  • Les enfants deviennent craintifs, angoissés et éprouvent du ressentiment lorsqu’ils ont été blessés, humiliés ou menacés de l’être. Grâce à de récentes recherches neurologiques, nous savons maintenant que lorsque nous sommes en état d’anxiété, le cerveau libère des substances chimiques, notamment le cortisol7, qui paralysent temporairement de nombreuses fonctions de haut niveau du cortex frontal, bloquant effectivement les capacités de raisonnement et d’apprentissage avancé. Le seul apprentissage qui peut alors encore se produire est qualifié « d’apprentissage de survie ». Ainsi l’enfant frappé ou humilié apprend des « comportements de survie » : au mieux, à éviter de se faire prendre en ne reproduisant pas le comportement en question lorsqu’un adulte est à proximité.

  • Quand un enfant est fréquemment puni ou critiqué, il peut finir par avoir le sentiment qu’il déçoit terriblement ses parents, et que quels que soient ses efforts, il a toujours tout faux. Avec le temps, il n’essaie même plus.

Il en vient à croire qu’être grondé, réprimandé ou frappé est inhérent à sa vie. Des châtiments supplémentaires ne modifieront en rien la vision qu’a cet enfant de lui-même et de son existence ; en réalité, ils ne serviront qu’à diminuer encore sa faible estime de soi.


4 Ce que nous appelons « coups en paroles »

La plupart d’entre nous n’imaginons pas frapper nos enfants chaque jour, chaque semaine ni même chaque mois. C’est quelque chose qui arrive extrêmement rarement, et que nous regrettons presque instantanément. Et cependant, nous nous autorisons à « frapper » nos enfants avec des mots, souvent quotidiennement, en particulier lorsque nous sommes très stressés, ce qui semble être de plus en plus fréquemment le cas. Les critiques, plaintes, reproches, menaces et cris qui s’échappent de nos lèvres, peuvent être, selon moi, considérés comme des « coups en paroles ».