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Alfie Kohn, Punis par les récompenses, Les effets pervers des bons points, des félicitations et des primes

  • victorinemeyers2
  • il y a 4 jours
  • 11 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

L’Instant présent, publication 9 mars 2026


On est puni par les compliments, par les cadeaux, les notes, l'argent... Non seulement la récompense met l'accent sur le seul résultat en négligeant la richesse du processus (l'enthousiasme d'apprendre, le plaisir de créer ou de vivre en société), mais la récompense sape durablement la motivation intérieure.

S'appuyant sur les résultats de centaines d'études, Kohn propose des réflexions philosophiques et des stratégies pratiques aux parents, aux enseignants et aux managers pour remplacer la carotte. Assaisonnés d'humour et d'exemples familiers, ses arguments sont parfois dérangeants à entendre mais impossible à rejeter.

Ce livre a été un énorme succès d'édition aux États-Unis. Nous publions la dernière édition, augmentée pour le 25e anniversaire du livre, avec une mise à jour des références qui ne font que confirmer ce que Kohn avait initialement établi.


Traduction de Punished by Rewards, The Trouble with Gold Stars, Incentive Plans, A's, Praise, and Other Bribes par Éva Brand Humair.


Lien pour acheter livre dans notre boutique en ligne :


Questions réponses à partir d’extraits du livre


CONTRE LES RÉCOMPENSES

Pourquoi êtes-vous si opposé aux récompenses ?

Les récompenses n’entraînent pas les changements que nous espérons, mais le problème est ailleurs : plus les récompenses sont utilisées, plus elles semblent nécessaires. Plus je vous promets une friandise pour que vous fassiez ce que je veux, plus je vous incite à réagir à ces friandises, et même à les réclamer. Comme nous le verrons, les autres raisons, plus concrètes, qui vous poussent à faire de votre mieux ont tendance à s’évaporer, ne vous laissant aucune raison d’essayer si ce n’est pour obtenir un cadeau. Très vite, les récompenses deviennent habituelles car il semble impossible de s’en passer. En somme, l’usage actuel des récompenses est moins lié à une caractéristique quelconque de la nature humaine qu’à l’usage antérieur des récompenses. Que nous soyons conscients ou non de l’existence de ce cycle, il peut contribuer à expliquer pourquoi nous nous sommes enfoncés toujours plus profondément dans le bourbier du comportementalisme.


Pourquoi dites-vous que la récompense ressemble à la punition ?

L’aspect le plus fascinant de ce lien se résume en trois mots : les récompenses punissent. Ceux qui dispensent des récompenses afin d’éviter de punir n’ont peut-être pas réfléchi aux caractéristiques punitives qui sont enchâssées dans le processus de la récompense. Je pense notamment à deux d’entre elles. La première tient au fait que la récompense est tout autant un mode de contrôle que la punition, même si le contrôle repose alors sur l’attrait. J’ai pas mal développé cet argument au chapitre 2 en identifiant ce qui pouvait être considéré comme un aspect de la récompense intrinsèquement violent. En dehors de toute objection philosophique, si le bénéficiaire de récompenses se sent sous contrôle, il est probable que l’expérience prendra à long terme un parfum de punition, même si l’obtention de la récompense elle-même est généralement source de plaisir. (page 40)  


Vous semblez dire que l'usage des récompenses est un truc de flemmard ?

Ce qui rend les interventions comportementales si attrayantes, c’est qu’elles en demandent très peu à celui qui détient l’autorité. Bien sûr, elles peuvent être mises en œuvre plus ou moins scrupuleusement, mais même le moins méticuleux s’en sortira toujours assez facilement pour une raison simple : quand on use des récompenses, on n’a pas besoin de se soucier des raisons pour lesquelles le problème qu’elles sont censées régler est apparu. Pas besoin de se demander pourquoi l’enfant crie, pourquoi l’élève ne fait pas ses devoirs, pourquoi le salarié est désinvolte. Tout ce qu’il faut faire, c’est séduire ou menacer pour que l’intéressé se reprenne. (Vous remarquerez que là aussi, il existe une similitude fondamentale entre récompenses et punitions.)  (page 45) 


Concrètement, comment faire lorsque mon bambin se relève le soir pour la énième fois, refusant de dormir ?

J’ai reçu récemment un courrier d’une maman de Virginie qui s’interrogeait sur ma critique de la manipulation comportementale : « Si je ne peux ni punir mes enfants (ou leur faire subir les conséquences de leurs actes), ni les récompenser (séduire)... comment faire quand mon bambin d’à peine trois ans se relève le soir pour la énième fois, refusant de dormir ? », demande-t-elle. Bonne question : il y a trois façons de s’y prendre avec un enfant qui ne veut pas rester dans son lit. La comportementaliste A aime bien les « conséquences » : « Je compte jusqu’à trois : si à trois tu n’es pas retourné dans ton lit, pas de télévision pendant une semaine ! » La comportementaliste B préfère les récompenses : « Si tu restes dans ton lit jusqu’au lendemain matin les trois prochaines nuits, je t’achèterai cet ours en peluche dont tu as envie. »

Mais la non comportementaliste se demande comment on peut espérer offrir une solution tout en ignorant pourquoi l’enfant se relève constamment. Avec un tout petit effort, on peut imaginer plusieurs raisons possibles. Peut-être qu’on le couche trop tôt et qu’il n’a tout simplement pas encore sommeil. Peut-être qu’il a le sentiment de ne pas avoir assez de temps calme avec ses parents, et que le soir paraît le meilleur moment pour se faire câliner ou bavarder. Peut-être qu’il est encore blessé par ce qui s’est passé quelques heures plus tôt, qu’il a besoin de rejouer la scène et de clarifier les évènements de la journée pour comprendre ce qui est arrivé. Peut-être y a-t-il des monstres sous son lit. Ou peut-être simplement qu’il entend le reste de la famille discuter dans le salon. (Êtes-vous vraiment trop vieux pour vous rappeler comment toute l’animation semblait démarrer une fois qu’on était couché ?) (page 46) 


ON APPREND MIEUX SANS RÉCOMPENSES

Pourquoi la motivation extrinsèque fait-elle moins bien apprendre à l'école ?

Ann Boggiano et Marty Barrett découvrirent que les enfants qui sont motivés extrinsèquement — c’est-à-dire qui se préoccupent de tout ce qu’ils peuvent recevoir en échange de leur travail à l’école : récompenses, approbation,... — recourent à des stratégies d’apprentissage moins sophistiquées et réussissent moins bien leurs évaluations que les enfants qui ont simplement envie d’apprendre. Les enfants motivés par les récompenses réussissent moins bien, y compris comparés à des enfants sont les résultats l’année précédente étaient identiques aux leurs.


Pourquoi apprend-on moins bien s'il y a une récompense ?

Quand on travaille dans l’espoir d’une récompense, on fait exactement ce qui est nécessaire pour l’obtenir, rien de plus. Non seulement on est moins enclin à repérer les caractéristiques annexes de la tâche, mais en la réalisant, on prendra aussi moins de risques, on jouera moins avec les différentes options, on suivra moins les intuitions qui pourraient ne mener nulle part. Il faut éviter le plus possible les risques parce que l’objectif n’est pas d’examiner toutes les idées imaginables : c’est simplement d’obtenir la récompense. Un groupe de chercheurs explique que lorsqu’on est motivé par une récompense, « on recherche la fiabilité et la simplicité, puisque l’attention primaire associée à cette démarche, c’est d’expédier la tâche pour atteindre l’objectif désiré ». Un autre psychologue le dit encore plus succinctement : les récompenses sont les « ennemies de l’exploration ».  (page 48) 


Vous êtes opposé aux notes

De même, en incitant les élèves à se concentrer sur les notes qu’ils obtiennent en échange de leurs devoirs, on arrive sans doute à les leur faire faire. Mais quel genre de tâches finiront-ils par préférer ? Chaque fois qu’un enseignant rappelle à sa classe ce que « vaut » un devoir (non sous l’angle de sa signification, mais à l’aune du nombre de points qu’il rapportera), chaque fois qu’un parent demande à son enfant combien il a « eu » à son devoir (plutôt que de lui demander ce que ça lui a apporté de le rédiger), c’est une leçon importante qui est enseignée. Cette leçon, c’est qu’à l’école, il ne s’agit pas de jouer avec les idées ni de prendre des risques intellectuels ; il s’agit de faire ce qu’il faut, et seulement ce qu’il faut, pour avoir une meilleure note. La plupart des élèves vont vite comprendre le truc et choisir de « faire ce qui maximisera la note au lieu de s’attaquer à des tâches dans lesquelles ils pourraient échouer, même s’ils pourraient, dans d’autres circonstances, décider de viser plus haut ». (page 49)


Les humains ne seraient pas paresseux d'après-vous ?

Si ces effets malheureux des récompenses — les notes, bien sûr, ne sont qu’un exemple parmi d’autres — nous ont jusqu’à présent échappé, c’est peut-être que nous croyons que les gens évitent naturellement de se lancer des défis, que c’est « dans la nature humaine » d’être paresseux. Les faits montrent que s’il y a bien quelque chose qu’on peut qualifier de naturel, c’est la tendance à rechercher le bon niveau de défi, à s’échiner à trouver un sens au monde qui nous entoure, à jongler avec les idées nouvelles. L’être humain incline à se dépasser pour réussir des trucs (modérément) difficiles*. En règle générale, on ne choisit la voie la plus facile que quand autre chose entre en ligne de compte — autre chose, comme les récompenses. Si partout les gens choisissent massivement la tâche la plus facile, c’est peut-être parce que les récompenses sont si généralisées.   

 

*On a découvert que les enfants sont « intrinsèquement motivés pour s’engager dans des tâches qui sont à leur portée, mais cependant juste au-delà de leur niveau de développement actuel » (Danner et Lonky, 1981, p. 1046). Toute la tradition du « constructivisme » dans la théorie de l’éducation, qui se base en partie sur les travaux de Jean Piaget, affirme le désir fondamental de l’enfant de donner un sens au monde qui l’entoure. Même en dehors de la question éducative, un certain nombre de théoriciens et de chercheurs qui s’intéressent à la motivation humaine ont contesté avec conviction les modèles dits de « réduction de tension » ou homéostatiques qui soutiennent que l’organisme recherche toujours l’état de repos. Gordon Allport a ouvertement relevé ce défi, et tous les travaux montrant que nous sommes motivés par le besoin d’accéder à un sentiment de compétence (Robert White), de décider par soi-même (Richard deCharms, Edward Deci, et d’autres), de satisfaire notre curiosité (D. E. Berlyne) ou de « réaliser » notre potentiel de multiples façons (Abraham Maslow) réfutent implicitement l’idée selon laquelle il serait naturel d’en faire le moins possible.


Vous dites que les récompenses pour les apprentissages sapent la motivation intrinsèque ?

Ce serait déjà grave si les bonnes notes, les bons points et autres incitations skinnériennes ne servaient à rien pour aider les enfants à apprendre. La tragédie, c’est qu’ils entament le type de motivation qui les aide effectivement. Carole Ames et Carol Dweck, deux de nos plus brillantes théoriciennes dans le domaine de la motivation scolaire, ont souligné chacune de leur côté qu’on ne peut pas expliquer le manque d’intérêt des enfants pour les apprentissages simplement en invoquant de faibles compétences, de mauvaises performances ou une mauvaise estime de soi, même si ces facteurs peuvent jouer un certain rôle. Il s’avère que la question décisive porte sur les objectifs des élèves en matière d’apprentissage. Si les enseignants — ou selon une étude, les parents — amplifient la valeur de la réussite scolaire sous l’angle des récompenses qu’elle apporte, l’intérêt des élèves dans ce qu’ils apprennent déclinera presque à coup sûr. « Toutes les récompenses ont le même effet. Elles diluent la pure joie que l’on tire de la réussite. »


Vous parlez de "se sentir en sécurité"

En particulier, les élèves se sentent en sécurité en classe quand ils sont libres d’admettre qu’ils n’ont pas compris quelque chose et qu’ils peuvent demander de l’aide. Ironiquement, notes et évaluations, punitions et récompenses, sont des ennemies de la sécurité, limitent la possibilité que les élèves parlent ouvertement et qu’une évaluation réellement fructueuse puisse se dérouler. (p. 218)Pour résumer, on ne peut justifier les notes au motif qu’elles motiveraient les élèves, parce qu’en réalité elles sapent le type de motivation qui conduit à l’excellence. Leur utilisation à des fins de classement des élèves compromet les efforts pour les instruire. Et si l’on veut proposer aux élèves un feedback sur leurs performances — objectif qui requiert une certaine prudence si l’on veut éviter d’y sacrifier leur implication dans les apprentissages — il existe de meilleures méthodes que les notes. (page 141)


Comment faire concrètement ?

Pour les enseignants, les efforts pour minimiser l’importance des notes sont plus difficiles. Voici sept propositions : (...)Limitez les notes à deux : A, et incomplet. La théorie ici, c’est qu’un travail qui ne vaut pas A n’est pas encore terminé. Tous ceux qui se soucient d’excellence éducative devraient adopter cette suggestion avec enthousiasme, parce qu’elle part du principe que les élèves font de leur mieux. Elle a en outre l’avantage de neutraliser l’impact des notes. Mieux encore, elle rétablit les bonnes priorités : aider les élèves à s’améliorer devient plus important que de les évaluer ; l’apprentissage obtient la préséance sur le classement. (page 223)


LES COMPLIMENTS

Et même les compliments seraient néfastes ?

Certains réagissent assez négativement au renforcement positif ; ils deviennent ouvertement provocateurs ou se mettent en retrait en signe de résistance passive. Agissent-ils ainsi par pur entêtement ? Absolument pas. Ce sont là des réactions à un fait très basique mais rarement souligné : l’aspect le plus notable d’un jugement positif, ce n’est pas qu’il est positif, c’est que c’est un jugement. Les enfants à partir d’un certain âge et les adultes peuvent ressentir une forme de condescendance dans les compliments qu’ils reçoivent, comme un rappel du pouvoir supérieur de celui qui les décerne (ou une volonté de l’affirmer).


Vous pouvez en dire plus ?

Nous connaissons quatre façons dont les compliments peuvent empêcher la performance : les compliments soulignent les faibles capacités, ils mettent la pression, ils invitent à une stratégie du moindre risque pour éviter l’échec, ils réduisent l’intérêt pour la tâche à réaliser. Quel que soit celui de ces effets qui semble intervenir, les données suggèrent que les compliments « interagissent avec d’autres variables d’une manière analogue aux récompenses tangibles »*. Cela signifie que c’est un pari hasardeux si on veut améliorer la qualité du travail.


On ne peut vraiment rien dire ?!

Mon conseil est le suivant : ne donnez pas trop de feedback, mais quand vous en donnez, faites des commentaires précis »


Mais encore ?

Dans toutes les situations, je crois qu’il y a moyen d’atténuer l’impact néfaste des compliments. Voici quatre suggestions pratiques : 

1. Ne faites pas l’éloge de l’individu, seulement de ses actes. (...)

2. Formulez des compliments les plus précis possibles.  (...)

3. Évitez les compliments qui sonnent faux. (...)

4. Évitez les compliments qui instaurent une compétition. (...) (p. 117)

C’est pourquoi je rejoins de nombreux spécialistes de l’éducation pour insister pour que les commentaires positifs soient dits en privé. (p. 119)


Que dire au lieu de compliments ?

On est moins dans le jugement et le contrôle – et à long terme, plus efficace pour encourager l’autonomie et la motivation intrinsèque – en relevant simplement ce qu’a fait l’enfant. Souligner seulement un aspect d’un texte écrit par l’enfant ou d’un de ses dessins qui paraît intéressant (sans dire que c’est bien ou qu’on l’aime bien) sera sans doute suffisant pour encourager ses efforts. (page 120)


Pourquoi les compliments, non seulement échouent à améliorer les performances, mais en réalité les font chuter ? Les compliments instaurent des attentes irréalistes de réussite continue, ce qui amène ceux qui les reçoivent à éviter les tâches difficiles afin d’éviter tout risque d’échec. Si nous restons à l’écart des situations dans lesquelles nous pourrions échouer, nous éliminons tout risque d’être critiqués précisément par la personne qui vient de nous complimenter. Les compliments encouragent certains enfants à devenir dépendants des évaluations par leur enseignant – j’y reviendrai très bientôt – et « ceux qui sont incapables de répondre aux attentes de leur enseignant... finissent par décider de ne même plus essayer17 ».  (page 107)


CONTRE LA MOTIVATION EXTRINSÈQUE

Vous qui avez souvent travaillé au service des entreprises, vous dites que le fléau du 21e siècle, c'est le stress normalisé. Pourquoi ?

Le grand défi de l'entreprise est de motiver des employés dépourvus de passion. On a inventé le stress. Le stress est une motivation extrinsèque à coup de récompenses, de pressions et de punitions pour motiver les gens qui ne sont pas passionnés. Ce n'est plus "j'ai envie" ; c'est "je dois survivre", "je dois avoir un diplôme"... On a fait une translation entre la motivation intrinsèque, la passion, et la motivation extrinsèque, la pression. L'origine de la perte de sens de notre société vient de là.


Est-ce un phénomène neuf ?

Il a toujours existé. La nouveauté est que la promesse démocratique a augmenté. Donc il y a une sorte de hiatus scandaleux entre une méritocratie de façade et, fondamentalement, une pression généralisée.


Les incitations extrinsèques conduiraient à la déprime ?

Des études récentes le corroborent : elles indiquent que les gens plutôt sensibles aux incitations extrinsèques, sans doute parce qu’ils ont été soumis à des environnements extrinsèques, ont tendance à se sentir plus déprimés, plus impuissants que les gens plutôt sensibles à la motivation intrinsèque ; quand ça ne va pas, leurs réactions sont encore pires. L’impuissance est une réaction compréhensible quand tout le monde, sauf nous, peut décider si nous allons obtenir la récompense pour laquelle nous avons travaillé3. (page 103)

 
 
 

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